Peu de melting-pot en
Imerina
Un cloisonnement assez marqué caractérise les rapports
des Tananariviens entre eux, comme le fait remarquer, en 1968, Gerald
Donque, maître-assistant à l'Université.
Ce cloisonnement est en partie dû aux différences raciales
ou ethniques, en partie aux hiérarchies, traditionnelles
ou modernes. " L'élément majoritaire à
Tananarive, celui des Merina, ne constitue pas un groupe parfaitement
homogène ". Aux différences physiques viennent
s'ajouter des différences héritées de la tradition
et de l'ancienne organisation sociale du temps de la monarchie .
Effectivement, les différences physiques entre Malgaches
frappent d'emblée les étrangers, différences
que l'on peut, grosso modo, répartir en trois catégories.
D'abord, le type brun clair pouvant aller jusqu'au blanc (fotsy)
, aux cheveux lisses ou légèrement ondulés,
aux traits fins, au crâne mésocéphale, à
la taille petite ou moyenne. C'est, semble-t-il, le type indonésien
presque pur, le plus fréquent chez les Andriana, descendants
de nobles, et les Hova, descendants de roturiers libres. Cependant,
certains parmi eux sont " fortement teintés ".
Ensuite, le type noir (mainty) aux cheveux crépus, à
mâchoire prognathe, aux lèvres épaisses, au
crâne dolichocéphale, particulièrement représenté
chez les descendants d'esclaves (andevo) ou hors de l'ethnie merina,
" chez les peuples dits côtiers ".
Enfin, un type mixte, brun foncé, aux cheveux frisés,
au nez court et épaté, " qui constitue une espèce
de transistion entre les types précédents et que l'on
peut rencontrer dans toutes les castes ".
Selon Gerald Donque, ces différences physiques suggèrent
une diversité d'origine. Les traditions font venir les Merina
assez tardivement, vers le 14e siècle, de la côte orientale
et délimitent le territoire de leurs premiers clans aux hautes
vallées de l'Ikopa et de la Sisaony. " L'opinion scientifique
la plus communément admise est qu'il s'agit d'immigrants
indonésiens, tard venus dans l'Ile ".
A ces éléments asiatiques viennent s'ajouter au fil
des ans, des apports africains. " Ils constituent aujourd'hui
les " mainty ", exogènes donc à l'ethnie
merina pure, presque tous captifs de guerre ou de razzias opérées
sur les côtes du Mozambique, puis installés comme serfs
sous l'autorité des nobles et des roturiers libres ".
Comme ils ont conservé leurs particularités physiques
et culturelles, " ils ont été longtemps et demeurent
encore à l'écart de la population merina qui continue
à les considérer comme " étrangers ".
Toutefois, précise Gerald Donque, si les unions entre "
fotsy " et " mainty " ont été extrêmement
rares, voire inexistants, " cela n'a pas empêché
des relations extra-matrimoniales qui expliquent le type mixte ".
En effet, l'ancienne organisation monarchique a laissé subsister
une stratification sociale qui, au sein de la population de l'Imerina,
permet toujours de distinguer des descendants de nobles, de roturiers
et d'esclaves.
En 1968, les Andriana représentent environ 14% de la population
imérinienne. Ils sont issus des anciens rois ou de leurs
collatéraux qui n'ont pas régné. Ils se subdivisent
en sous-castes.
Les Hovas ou roturiers libres (47% de la population) semblent être
" les descendants des anciens chefs de clan " proto-merina
" ou merina ". Des divisions les hiérarchisent.
Quant aux Andevo, ce sont des descendants d'esclaves, captifs de
guerre ou de pillages soumis à la servitude, ou encore d'hommes
libres voire de nobles déchus de leurs prérogatives
pour fautes graves.
Le brassage des anciennes castes ne s'est pas opéré.
Cependant, si les mariages entre " fotsy " et " mainty
" sont quasi inexistants, de plus en plus, un changement de
mentalité s'opère dans les jeunes générations
" avec le progrès de l'individualisme, le développement
de l'instruction, la nouvelle répartition des richesses et
des revenus... ". Ainsi, les mariages entre Andriana et Hova
deviennent relativement fréquents et la barrière entre
ces deux castes, jadis très rigide, " s'effrite progressivement
".
Divisés par la religion
Dans son étude sur la population tananarivienne en 1968,
Gerald Donque souligne que l'appartenance à une religion
complique la structure sociale et joue un rôle non négligeable
dans le choix de l'époux(se). Du moins, il y a une
quarantaine d'années.
"Une majorité d'Andriana est de religion protestante
pour avoir suivi la Reine (Ranavalona II) lors de sa conversion
". Néanmoins aussi bien chez les Andriana que dans
les autres castes, le catholicisme a gagné du terrain.
En fait, la population tananarivienne constitue une " mosaïque
religieuse " et la religion peut encore constituer une barrière
infranchissable dans le mariage, venant après le critère
de caste à l'intérieur de celle-ci.
Autres facteurs de différenciation des Tananariviens :
le genre et le niveau de vie, le degré d'instruction, l'état
de fortune ou la profession. Différenciations qui ne modifient
pas, toutefois, l'interdit qui peut frapper une caste en matière
de mariage, tout en introduisant en son sein une nouvelle hiérarchie.
Celle-ci est " calquée sur celle des pays d'économie
développée occidentaux ", et fait distinguer
une classe supérieure riche ou aisée, une classe
moyenne et une classe pauvre.
En général, de par leur origine et les privilèges
qui s'y rattachaient, Andriana et Hova ont pu acquérir
ou faire acquérir à leurs descendants un niveau
économique bien supérieur, en général,
à celui des Andevo. Ils ont pu leur donner une instruction
à l'européenne leur permettant d'accéder
aux fonctions de cadres publics ou privés. Ce que, sauf
exception, les descendants d'Andevo n'ont pu faire, malgré
la volonté des gouvernants d'abolir toute distinction d'ordre
racial, ethnique,religieux, social... |