
L'homme dispose de ses biens à son gré
Si la guerre de succession au trône se pose souvent au niveau des classes princières, la bataille entre héritiers se constate parfois entre enfants d'une même famille. Chez les Merina, explique Alfred Grandidier, le père est libre de laisser ses biens à qui il veut. C'est Andrianampoinimerina qui a donné force de loi à cette antique coutume. Le plus souvent, il avantage certains de ses enfants, sans qu'il en résulte des querelles entre les frères et les sœurs. Il existe plusieurs sortes d'héritage. Il y a le tolotra ou plutôt le tolobohitra ou tolobolotara, les biens qui sont donnés à un enfant en sus de sa part légitime. Ou le tolotanana qui est d'une valeur moindre que celle à laquelle l'héritier a droit. Ceux qui héritent (mitontohitra) deviennent les protecteurs des autres. Il n'est pas rare que les enfants adoptifs héritent de tous les biens au préjudice des enfants légitimes. C'est d'ordinaire au moment de mourir que le chef de famille désigne ses héritiers et répartit ses biens en présence de témoins auxquels on donne un petit cadeau d'argent, le hoja. C'est ce qu'on appelle harena andoha riana (littéralement les biens qui sont au haut de la cascade) et il recommande ses enfants aux autres parents. Le fils d'une veuve né même plusieurs années après la mort de son mari, a droit à sa part dans la fortune du défunt.
Ce, parce que les Merina croient que les maris viennent de temps en temps consoler leurs épouses restées fidèles! Lorsqu'une personne meurt sans laisser d'enfants directs ou adoptifs, ou sans partager devant témoins, c'est le souverain qui hérite. Car les ascendants n'ont pas de droit légal à l'héritage de leurs enfants.
La fortune d'une femme hova, morte sans postérité, revient aussi au souverain: c'est une punition infligée à la stérilité. Les enfants nés hors mariage et non reconnus par leur père, sont toujours adoptés par leur grand-père maternel. Par une fiction toute particulière, ils deviennent donc les frères de leur mère et ils ont droit de prélever dans la succession de leurs grands-parents une part égale à celles de leur mère, de leurs tantes et de leurs oncles.
Les enfants d'un noble (Andriana) et d'une femme libre (Hova) ne peuvent prétendre du côté paternel qu'aux biens que leur père a laissés nominalement. Loi contre la mésalliance oblige! La veuve ou la femme divorcée a droit au fahatelontanana, c'est-à-dire au tiers des biens de son mari. Quant à la femme qui épouse un homme d'une caste inférieure à la sienne, elle est déshéritée. Les biens d'un homme mort à la suite de l'épreuve judiciaire du tanguin, sont confisqués. Une partie revient au souverain, une autre, aux juges et à l'accusateur. Les gens d'origine modeste, lorsqu'ils ont acquis une certaine fortune, se font souvent adoptés par quelque puissant seigneur. Celui-ci doit être capable de les protéger contre la spoliation à laquelle sont exposés tous les Malgaches de la part de leurs supérieurs. En récompense de son appui, ils lui lèguent tous leurs biens présents et à venir. Dans toutes les autres peuplades malgaches, le père a, comme chez les Merina, le droit de léguer ses biens à qui il veut. Ceux dont il n'a pas disposé de son vivant, se partagent entre ses enfants, tant légitimes qu'adoptifs par parties égales. Cela se voit surtout chez les Sakalava, les Antankarana et les Bara. Le partage se fait dans la proportion des deux tiers pour les hommes et d'un tiers pour les femmes comme chez les juifs et les musulmans, chez les Betsimisaraka, les Antambahoaka, les Antanosy, les Betsileo, les Tanala et les Antemoro. Dans quelques tribus comme celles des Bezanozano et des Mahafaly, avant qu'ils ne fussent soumis aux Hova, seul l'aîné hérite. Mais chez les Bezanozano, avant qu'ils ne soient soumis aux Merina, les puinés* se sont souvent unis entre eux pour lui disputer l'héritage.
* Les puinés sont les frères ou sœurs nés après un autre frère ou une autre sœur, en particulier juste après l’aîné
de Pela Ravalitera Journal Express