Massif Sambaina , Ambatomalaza

Voici l’histoire du jeune Pitre, fils du capitaine d’un navire hollandais naufragé dans le Sud de Madagascar en 1618 avant de pouvoir revenir au pays en 1625.


L’histoire se passe au XVIIe siècle. À cette époque, nombreux sont les navires de toutes nationalités qui fréquentent les côtes malgaches. Les uns viennent traiter des marchandises. Les autres, en route pour les Indes orientales, font escale à Saint Augustin pour y prendre des « rafraîchissements ».
Plus d’un, faisant le tour par le cap Sainte Marie, sont victimes des vents contraires ou des tempêtes, et terminent leur course sur un rocher entre le cap et la presqu’île de Taolankara où est établi le fort Dauphin.

La carcasse s’enfonce, ou est pillée par les naturels, tandis que les survivants sont faits prisonniers.
C’est le sort d’un grand navire hollandais revenant de Batavia, chargé d’épices et de denrées précieuses, vers 1618. Il s’échoue sur la côte de Karimbola, l’une des plus inhospitalières qui soit. Le capitaine, un certain Pitre, comprend que son bâtiment sera perdu et appelle son fils.

Estimant que ce dernier a plus de chance de se sauver, il lui confie deux bagues portant chacune un diamant des Indes de la taille d’une noisette. « Elles représentent ta richesse… »

Le navire fait eau de toutes parts. Les radeaux sont retournés par le flot démonté. Le capitaine et tout l’équipage périssent. Seul le jeune Pitre, embarqué dans une futaille vide, survit avec sa carabine et son épée.

Trois jours durant, sans vivres ni eau, il erre sur la mer. Les indigènes Karimbola observent au loin ce point minuscule perdu sur l’océan, sans pouvoir le sauver, car il n’existe pas de pirogues sur cette côte.
Enfin, le vent rapproche le naufragé de la plage. Il saute à l’eau, gagne la terre, mais n’abandonne pas ses armes. Il demande à boire par des mimiques. Un homme lui offre des tubercules aqueux déterrés du sable.

Les Karimbola hésitent : le tuer pour ses armes, ou le réduire en esclavage. Finalement, ils le conduisent, mains liées, au roi Andriamamory, à trois heures de marche à l’intérieur des terres.
Le roi l’attend sous un tamarinier, entouré de dignitaires armés de sagaies. Ses sept épouses sont accroupies derrière lui. Les armes du jeune Pitre sont déposées devant le roi.

Par sa jeunesse, son calme et sa dignité, Pitre plaît au souverain. Celui ci lui laisse la vie sauve, lui donne un pagne, et l’installe dans une case près de celles des esclaves.

Heureux d’être en vie, Pitre s’adapte. Il apprend quelques mots du dialecte, travaille aux champs, rapporte du bois. Le soir, il se mêle aux notables du village.
Ses deux bagues sont toujours à ses doigts, mais il cache les diamants en tournant les chatons vers sa paume. Tous ignorent leur existence… mais pas pour longtemps.
Quand il retourne enfin ses anneaux, les diamants jettent des feux éblouissants. En reconnaissance, il offre l’une des bagues au roi. Celui-ci, inquiet, croit d’abord à un sorcier blanc.

Le roi compare la pierre au « vatovelo », cristal de roche utilisé par les ombiasy pour le sikidy. « Tes pierres doivent posséder une immense puissance… »
Pitre explique que le diamant et l’anneau d’or procureront richesse et puissance. Le roi le remercie en lui offrant sa fille Imbola pour épouse. Pitre se plaît à cette vie sauvage. Peu à peu, il se décivilise et devient un vrai Karimbola. Il vit ainsi deux ans parmi les autochtones.

La présence de ce Blanc finit par se transmettre jusqu’à la province de Carcanoussi (Anosy). Leur roi, Andriantsiambany, demande à Andriamamory de lui céder Pitre contre treize bœufs.
Le marché est conclu. Pitre doit abandonner son épouse, qu’il donne à son frère de sang. Il part pour l’Anosy, riche de son seul diamant.
Arrivé à Taolankara, il reçoit le meilleur accueil. Le roi lui donne une de ses filles, des esclaves, et tout ce qui lui est nécessaire.

La possession du diamant impressionne les autochtones. Parfois, la pierre éclaire la case. On y voit une émanation de la divinité.
En 1625, un navire hollandais se ravitaille à Manafiafy. Le roi envoie Pitre avec des présents : bœufs, riz, volailles, miel, vin de miel…
Sa présence surprend les Hollandais. Lui même, en parlant de nouveau sa langue, est saisi de nostalgie.
Le roi accepte de le libérer.
Pitre embarque quelques jours plus tard.
De retour dans son pays, il vend la pierre et vit une vie sans histoires. Sans doute pense t il parfois à ses deux petites épouses lointaines.

de Pela Ravalitera Journal Express