

Habitat traditionnel ancien par JP Testa
1970 Revue de Madagascar
Evolution syncrétique depuis Besakana jusqu'au "trano
gasy"
"l'architecture malgache à travers le temps",
avec les photos et croquis de la collection de Christian Mantaux
et Henri Ratsimiebo est un livre-album établi depuis une
poignée d'années à Madagascar mais dont la
connaissance des ruelles insoupçonnées d'Antananarivo
m'a bluffé. Débarrassée de la nostalgie mélancolique
dont je n'arrive pas à me départir, sa démarche
vise à passer en revue les styles architecturaux qui ont
pu se succéder, ou se chevaucher, dans la Ville d'Antananarivo
depuis les origines jusqu'à 1975.
Ma posture, elle, est résolument orientée vers la
protection et la sauvegarde d'un cachet, qu'il ne faut pas hésiter
à qualifier d'authentique, caractérisant la Ville
d'Antananarivo en particulier, l'Imerina en général,
voire les autres "hautes terres centrales "contaminées
par l'influence architecturale ou urbanistique des Merina. La
même attitude peut très certainement être étendue
aux autres régions de Madagascar, mais je reste convaincu
que la valorisation, par exemple du capital culturel zafimaniry
ne sera jamais mieux assurée que par un Zafimaniry lui-même.
Je me plais à croire que la Ville d'Antananarivo et les
hameaux d'Imerina, sont aisément identifiables "sans
commentaire" sur un atlas mondial. C'est la différence
qui crée cette identité par ce qu'on .appelle communément
"trano gasy" et dont l'évolution syncrétique,
depuis la matrice de type "Besakana", est mise en séquences
par J.P. Testa dans le croquis ci=contre. Le béton apparent,
la modernité du verre et de l'acier, ne font pas partie
de ce parti pris architectural car ces matériaux contribuent
à banaliser Antananarivo en ville comme n'importe quelle
autre du village planétaire. Les variations contemporaines
sur le "trano gasy", comme affiche le "village"
qui est en train de se constituer au Tana Water Front d'Ambodivona,
prouvent que derrière une façade traditionnelle
sont absolument possibles des aménagements modernes.
Je suis tombé sous le charme inexplicable d'un village
musée comme Ambatomanga.
Je reste ému par la soudaine apparition d'une demeure patricienne
dans la campagne de Soamanandray ou de Fieferana.
Je me déteste de d'avoir pu rien faire pour la sauvegarde
de la Maison de Rainimboay, aujourd'hui effondrée. La volonté
politique indispensable à la sauvegarde ce patrimoine architectural
suppose une philosophie, une certaine idée de la différence
identitaire, dont on ne peut malheureusement que déplorer
l'absence dans les administrations successives depuis 1960.
par Nasolo Valiavo Andriamihaja www.lexpressmada.com

Les toits de Tana, témoins de l'histoire d'une cité
Quel témoin plus authentique de l'histoire d'Antananarivo que
son évolution architecturale ? Cases en pisé de terre, villas
cossues, temples et églises, buildings et cabanes de bois reflètent
le chemin parcouru par la capitale.
Le paysage architectural de l'Imerina a certainement été marqué
par l'influence occidentale. Les constructions en bois d'ambora,
vandrika ou merana étaient d'abord assez courantes dans la capitale
particulièrement pour les familles de la haute société. La population
construisait des cases de terre et en toit de chaume. Ce n'est
qu'en 1868, date à laquelle Ranavalona II accède au trône et abrogea
l'interdiction d'utiliser la pierre dans les constructions de
maisons que l'architecture prit un nouveau souffle. La pierre,
la brique, le verre, et le fer forgé apportent ainsi un caractère
plus ouvert aux maisons d'Antananarivo.
Les Britanniques et les Français ont apporté pas mal d'innovations
dans le style architectural des maisons tananariviennes. Le style
anglo-saxon, inspiré de l'époque victorienne, est sans doute à
la base de la maison traditionnelle des maisons merina, tel que
tout un chacun le conçoit actuellement. Les demeures comme la
Villa Vanille d'Antanimena, la résidence Mampiherika d'Ambohijatovo
en sont des exemples. On peut voir sur ces bâtiments toute l'influence
britannique et créole, explique Roger Chapuis-Milard, architecte
mauricien, qui a justement effectué des recherches sur le paysage
architectural dans les anciennes colonies françaises et britanniques.
C'est d'ailleurs à un autre Mauricien, Louis Gros, architecte,
dessinateur et charpentier que la capitale doit ses premières
grandes transformations : les premières maisons à étages, la subdivision
de la pièce principale en chambres, la toiture à plusieurs pans,
les vérandas, les piliers. L'influence française fut apportée
par Laborde mais aussi d'autres architectes tels que Jully, ou
Rigaud. C'est à l'époque de la colonisation française que l'on
voit apparaître des détails très complexes comme les frontons.
Cette métamorphose s'est faite presque naturellement et s'est
facilement intégrée dans certains quartiers comme Andohalo, Faravohitra,
Ankadifotsy ou Isoraka
L'influence occidentale s'est fait aussi ressentir dans les édifices
religieux, avec l'arrivée de missionnaires britanniques tels que
Cameron à qui l'on doit le revêtement en pierre du palais de Manjakamiadana.
Pour ma part, je pense que les bâtiments religieux ont été l'une
des plus importantes parts d'héritage que les vazaha ont laissé
en Imerina. C'est par leur intervention que la capitale malgache
s'est habituée à certains détails d'architecture très minutieux
que l'on peut voir dans les vieilles églises d'Antananarivo.
Sans altérer l'architecture traditionnelle de la maison des hautes
terres, l'influence étrangère semble avoir valorisé le trano gasy
. La croissance démographique galopante, la nécessité de mieux
gérer l'espace ont fait apparaître des bâtiments plus fonctionnels.
Les cités de Soavinandriana, des 67 ha ou d'Ampefiloha bâtis dans
les années 60 et 70 mais aussi les bâtiments administratifs et
ministériels que l'on peut voir à Anosy en sont des exemples.
Mais il faut croire que la demeure traditionnelle malgache est
en train de revenir au goût du jour, comme on peut le voir du
côté de Tana Water Front, à Ambodivona. Même si pour l'instant
et paradoxalement, ce sont surtout les étrangers qui préfèrent.
Mialy Randriamampianina http://www.les-nouvelles.com/
Antananarivo, une capitale sans rue et sans voirie
L’habitat en Imerina évolue progressivement, avec
l’arrivée des Européens à partir de
Radama Ier. Notamment sous le règne de Ranavalona II, où
l’usage de la pierre comme matériau de construction
de maison, n’est plus interdit. Ainsi, dans le Rova d’Antananarivo,
le Palais de Manjakamiadana se couvre d’une coquille
de pierres. Si celle-ci alourdit son allure, elle le protège
au moins des aléas climatiques.
Parallèlement, le Temple du Palais est achevé, concrétisant
la nouvelle religion royale.
Un Palais de justice en piliers de pierre et architrave s’érige
à Ambatondrafandrana, entre le Palais de Manjakamiadana
et sa réplique à Andafiavaratra, celui du Premier
ministre. Car Rainilaiarivony rase le magnifique Palais de
ses ancêtres et à l’emplacement, Pool construit
celui qu’on connaît aujourd’hui. De même,
le Premier ministre se fait construire un bureau près de
Manampisoa, mais il sera détruit vers 1897. En même
temps, avec la conversation de Ranavalona II et de son Premier
ministre, les principaux édifices culturels d’Antananarivo
sont terminés.
« Toutefois, si l’habitat a réussi à
se libérer, il n’en est pas de même pour les
voies de circulation qui sont peu différentes de celles
du temps de Radama Ier» (Jean-Pierre Testa, École
nationale supérieure des Beaux-arts de Paris, 1971). Les
portes de la ville sont depuis longtemps hors d’usage, écroulées
pour la plupart ou détruites volontairement, mais elles
n’en demeurent pas moins les seuls accès de la capitale.
Avec Ranavalona III, Antananarivo est une ville comme beaucoup
d’autres en Europe. Seules, les voies de circulation et
la voirie en sont absentes. Néanmoins, une route carrossable
descend du Rova vers Ambanidia. Dans la ville, à peine
une centaine de maisons de bois subsistent.
Résumant l’évolution des formes d’habitat,
Jean-Pierre Testa indique que cela va du plus simple au plus complexe.
De la case de bois, s’inspireront les palais et riches demeures
à étages ; de la case de terre, la maison à
véranda qui évoluera dans le plan pour prendre la
forme du T, du L, du H, du E. La véranda soutenue par des
pièces de bois sera quelquefois supportée par des
voûtes et, à la fin du XIXe siècle, apparaissent
des villas à tour ou aile carrée, forme qui semble
d’inspiration française, en opposition à la
ville classique introduite et généralisée
par Cameron.
La maison, rappelons-le, qu’elle appartienne à un
riche ou à un moins aisé, comprend plus ou moins
de pièces, mais la distribution reste la même. La
maison modeste comporte un étage et un grenier servant
de cuisine, une véranda sur piliers de briques cuites,
deux pièces au rez-de-chaussée séparées
par l’escalier identique pour l’étage. Les
murs sont en briques cuites ou séchées au soleil,
les coins et les linteaux, eux, sont toujours en briques cuites.
Un crépissage de terre est fait pour les murs intérieurs
et extérieurs, un toit à deux pentes rappelle les
anciennes toitures de chaume par l’angle de ses versants,
quoique couvert de tuiles ou de chaume.
L’habitation des gens plus aisés comprend jusqu’à
six pièces, mais le style est le même. Seuls les
matériaux employés diffèrent avec des briques
cuites très soignées pour les murs, linteaux et
piliers de véranda en pierre sculptée.
En même temps que les nouvelles techniques de construction
font leur apparition, se développe toute une orientation
de l’habitation. Les vérandas sont équipées
de balustrades travaillées qui peuvent être de bois
découpés et tournés, de fer forgé,
ou de briques assemblées avec des jours.
L’intérieur de la maison s’enrichit d’une
cheminée qui deviendra le symbole d’une époque
et d’une certaine richesse. Les piliers de briques sont
couronnés de chapiteaux de pierre sculptée.
Pour conclure son étude, Jean-Pierre Testa indique que
le début du XXe siècle est le théâtre
d’une perte de tradition et de qualité dans la construction
individuelle, à caractère artisanal. « De
nouveaux matériaux mal compris et mal employés,
un nouveau style tout à fait douteux d’architecture
ou de construction moderne sont venus porter autant de coups au
patrimoine construit et au patrimoine culturel. »
Car, ajoute Jean-Pierre Testa, c’est la matérialisation
même d’un style : le « style tropical »
remplace le style malgache. Ces constructions de « mauvais
goût » qui avoisinent les vieilles maisons même
modestes, viennent « dégrader » le site remarquable
des quartiers historiques de la capitale.
Toutefois, à l’avènement de l’Indépendance,
il semble y avoir un renversement du goût. Poussés
par le « besoin légitime de réaffirmer et
de conserver le style malgache si précieux », les
habitants de la capitale entreprennent la restauration des vieilles
demeures. Les architectes s’efforcent, avec les techniques
et les moyens modernes, de créer une nouvelle architecture
malgache. Celle-ci se défend d’être une reproduction
du passé, mais s’efforce d’en être un
prolongement plein d’innovations et de modernisation qui
sont tout à fait compatibles avec le patrimoine construit.
Le centre-ville, un ensemble monumental
Dès sa construction, l’avenue de l’Indépendance
(ex-avenue Fallières, puis ex-avenue de La Libération)
forme un ensemble monumental. Une œuvre de longue haleine
aboutit à sa réalisation.
A la fin du XIXe siècle, M. Estèbe, maire d’Antananarivo
d’accord avec le général Gallieni, achète
les rizières au nord d’Analakely dans l’intention
d’y établir la future gare de Soarano. Puis il obtient
des habitants de la colline d’Antanimena qu’ils lui
cèdent leurs terrains. Il fait alors raser la butte et
ses déblais viennent combler les rizières.
La gare de Soarano sera fonctionnelle en 1910.
La même année, M. Delpech trace l’avenue Fallières
et M. S. Savaron l’établit, tandis que se comblent
les terrains avoisinant Ambatomena. Deux grands escaliers en vis-à-vis
relient désormais le haut du quartier d’Ambondrona
à la Place Colbert à Antaninarenina. Et c’est
à l’extrémité de l’avenue Fallières,
que serait érigée la statue équestre de Gallieni
qui se détacherait sur l’arrière-plan verdoyant
des arbres qui grandissent dans le Jardin d’Ambohijatovo.
Le programme est réalisé en tous points.
En 1923, le long de l’avenue, le gouverneur général
Hubert Garbit fait construire un bâtiment destiné
à recevoir les stands de l’Exposition de Madagascar.
Mais l’architecte n’ayant pas tenu compte du terrain
sur lequel il doit exercer ses talents, il se produit des affaissements
qui obligent à démolir plus tard l’édifice.
Cette mésaventure incite à la prudence. En 1930,
le gouverneur général Léon Cayla aidé
de son ami de Cantelou s’empresse de mettre à l’étude
un plan qui doit faire de tout ce quartier l’un des plus
beaux et des plus modernes de la ville. « Mais on se retint
de voir grand, alors on fit petit. » Et l’on s’arrête
au choix de l’unité-type architectural.
« Du gouverneur général Cayla, originaire
de l’Oranie, vient peut-être l’idée chère
aux Méditerranéens d’une galerie à
portique, conception également valable dans ce pays de
soleil et de plaine (…) Quant à M. de Cantelou, son
goût discutable des pergolas s’est répandu
trop visiblement dans la ville pour qu’on puisse hésiter
sur leur origine. Tout comme les bow-windows de l’avenue,
elles étaient de mode dans les années 1920-1930.
»
Le bloc des bâtiments de l’Hôtel de ville, très
solennellement inauguré le 7 mars 1936, complète
le tout. Son aspect en fait l’un des édifices les
plus réussies de la capitale.
« La grandeur de l’avenue avec ses parterres joliment
gazonnés et fleuris fait admettre son encadrement architectural.
»
Selon un expert des années 1950, pour l’urbaniste
qui veut traiter la question d’Antananarivo, « le
problème se trouve simplifié en raison de la structure
acquise par la ville:
la capitale est centrée, axée et orientée
dans son développement ».
Centrée parce qu’elle a déjà un centre
virtuel, primordial, chargé de signification spirituelle:
le Palais de la Reine et sa référence historique;
parce qu’elle a ensuite un autre centre, réel celui-là,
où s’entrecoupent ses lignes de force et qui est
son actuel point de gravité: la place du Zoma.
Axée puisqu’elle offre un axe de symétrie,
l’avenue de la Libération et le Parc d’Ambohijatovo
qui divise la ville en deux moitiés.
Orientée car son développement évident suit
une ligne de force sur son axe même vers le Nord-ouest,
c’est-à-dire en direction de la route de Mahajanga.
« Quelle que soit son extension dans l’avenir, Tananarive
a déjà acquis une structure centrale définitive
et une physionomie originale. »
Pela Ravalitera www.lexpressmada.com