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Des interdits sur les noms propres qui en font une langue pleine de poésie...
De tout temps, à Madagascar, le nom d'un futur nouveau-né
est le fruit d'une recherche qui, parfois, dure tous les mois de grossesse.
Et de tout temps, à Madagascar, les noms de personnes sont presque
toujours formés par la composition de mots pris dans l' usage courant,
afin qu 'ils aient une signification.
Dans certaines régions, la tradition interdit l'emploi, après
la mort du souverain ou d'un chef important, des mots qui entrent dans
la composition de son nom, parfois même de ceux qui ont une sonorité
trop rapprochée. D'autant que pour qu'il n'y ait pas d' ambiguïté
et que l'usage soit le même pour tous, les interdits sont proclamés
en public, au moment de l'ensevelissement du défunt et, en même
temps, les nouveaux mots à utiliser sont indiqués.
Selon J. Dez, cet usage est pratiqué en pays bara et betsimisaraka,
mais surtout chez les Sakalava. Le mot substitué est, en général,
constitué grâce aux très grandes possibilités
de la langue malgache par le procédé de la dérivation
d'une racine, déjà connue et utilisée, donnant un
mot caractérisant, en fait, un aspect ou une qualité de
la chose précédemment désignée par le mot
interdit.
C'est ainsi qu'après la mort de la reine Tsiomeko, à Nosy
Be, dans le courant de la première moitié du 19e siècle,
l'emploi de la racine "ome" (action de donner) et de ses dérivés
est interdit dans la région. Il est alors décidé
que la racine "tolotro" (action d'offrir- tolotra en merina)
lui sera substitué dans tous ses emplois.
Comme, par ailleurs, l'usage du nom du feu (afo) a déjà
été "fady" et que le mot "mahamay" (qui
brûle, brûlant) lui a été substitué,
il n'est plus d'usage de dire "omeo afo aho" (donnez-moi du
feu), mais "tolory mahamay aho" (offrez-moi quelque chose qui
brûle, de brûlant), dans l'espoir de rendre le même
sens. "Cette nouveauté est incompréhensible, sans apprentissage,
même pour un Malgache d'une autre région".
"De tels usages ont été, évidemment, dans les
régions où ils furent pratiqués, de nature à
entraîner une diversification du vocabulaire, sans que pour autant
la structure fondamentale de la langue ait été modifiée".
Ainsi, il est possible de remarquer que, dans la région d'Antsiranana,
on traduit l'eau (rano) par "mahetsaka" (qui désaltère);
ailleurs, "fanjava" (ce qui éclaire) pour la lune (volana);
autre part, "fandroaky" (ce qu'on chasse) pour signifier le
chien (amboa, alika). mais cela ne nuit en rien à l'unité
de la langue.
Parallèlement, dans tout Madagascar, il existe des vocabulaires
spéciaux usités à l'occasion de certaines relations
sociales et ceux utilisés à l'occasion de certaines pratiques
ésotériques.
Dans le premier cas, on peut citer en pays antanosy, l'emploi du mot "fandia"
pour désigner le pied du chef, le mot "tongotse" étant
d'usage commun; ou le verbe "mikama" pour désigner le
chef en train de manger, le verbe "mihina" étant aussi
d'usage courant...
En pays sakalava également, on constate l'introduction de vocabulaires
spéciaux, tels que "zomba" à la place de "trano"
(maison), tiré du swahili "dijumba", "kabeso"
à la place de "loha" (tête), pris au portugais
"cabeça", ou "tezetse" (en colère) à
la place de "meloky", dérivé du merina "tezitra".
A préciser que, si en pays bara, on utilise "kabeso"
pour la tête, le mot "loha" a "une signification
nettement injurieuse".
Dans le deuxième cas, il s'agit de mots utilisés à
l'occasion des pratiques de divination. "La pratique du "sikidy"
s'accompagne de l'emploi de termes particuliers, d'origine arabe comme
le nom même de la pratique". La raison en est, évidemment,
de ne rendre la pratique intelligible qu'aux seuls initiés. Cependant,
il est remarqué que certains mots de ce vocabulaire intègrent
le langage courant.
Ainsi, en "sikidy", par exemple, on utilise le mot "tale"
pour désigner le consultant. Mot devenu usuel dans les relations
entre particuliers dans l'Ouest et le Sud pour désigner l'homme,
surtout le chef. Ce dernier sens vient du fait que dans la disposition
des figures du sikidy, celle qui représente le consultant est numérotée
comme étant la première. Ce n'est que beaucoup plus tard
qu'en merina, l'usage du mot se développe pour désigner
certaines personnes détenant direction et responsabilité.
Des mots venus d'ailleurs
La langue malgache s'enrichit beaucoup avec des emprunts, bien qu'on ne
sache ni les raisons qui le motivent ni celles de la grande diffusion
de certains mots à l'intérieur de l'Ile.
En tout cas, il est certain que tous les peuples navigateurs ayant eu
des contacts avec Madagascar, ont laissé dans sa langue- ou dans
ses dialectes- des traces de leur passage. Même si on ne sait en
quelle région l'emprunt s'est fait- "C'est le cas des noms
d'animaux domestiques d'origine bantoue"- ni par quelles voies il
s'est répandu.
Parfois, cependant, on peut situer et dater l'emprunt. C'est le cas d'un
certain nombre de mots d'origine anglaise ou française qui, introduits
dans le vocabulaire merina au 19e siècle, sont ensuite diffusés
à partir d'Antananarivo dans les différentes régions
del'Ile. Il s'agit là d'emprunts de grande diffusion.
Certains sont restés localisés à certaines régions.
Ainsi selon J.Dez, le mot "motro", usité dans le dialecte
sakalava du Nord-ouest pour désigner le feu (afo en merina), décèle
un emprunt au swahili "mutu". Mais "les emprunts à
cette langue se retrouvent plus fréquemment en pays antakarana,
sakalava du Nord-ouest et en divers points de la côte Ouest".
De la même origine, le terme "mahigo", employé
chez les Sakalava pour désigner le manioc (mangahazo en merina).
S'il est parfois difficile de situer dans le temps les emprunts au swahili,
"on peut néanmoins affirmer que, pour ce dernier mot, l'emprunt
remonte à environ 400 ans (16e siècle puisque le manioc
a été introduit par les Portugais, en provenance du Brésil,
sur la côte orientale de l'Afrique").
Sur la côte Est, on remarque dans le langage courant des mots d'origine
française, "quoique les habitants les considèrent bien
de chez eux. Ces mots sont si bien entrés dans l'usage que les
mots merina correspondants sont mal ou pas du tout compris". Ainsi,
en pays betsimisaraka du Sud, le haricot est désigné par
"zarikô", le merina "tsaramaso" n'étant
pas compris dans les coins les plus reculés. La cuillère
se dit "koera" et non "sotro". L'emploi de ce dernier
mot risque d'ailleurs de prêter à confusion, car en betsimisaraka,
il désigne l'action de couper l'herbe avec un couteau. "Il
s'agit de mots dus à la colonisation réunionnaise sur la
côte-Est et aux nombreuses relations entre cette région et
les Mascareignes, depuis le 18e siècle et surtout le 19e siècle".
Le langage antanosy, tel qu'il est rapporté par Flacourt, se caractérise
au 17e siècle par l'emploi d'un certain nombre de mots d'origine
arabe, qui sont depuis presque tous tombés en désuétude.
Ainsi le mot "moza" (en arabe "maoûdj") désigne
la vague, le mot "farasa" (faras), le cheval. Le papier se dit
encore "karatasy" par une exacte reproduction du mot arabe correspondant
alors que, depuis, la forme "taratasy", dérivée
par assimilation, s'est substituée à elle.
Le terme "ampingaharatra" (fusil) est utilisé dans les
dialectes de la côte Ouest et du Sud. "L'origine de ce mot
se trouve dans le portugais espingarda" 'espingole). Une malgachisation
s'est opérée à la suite des premières livraions
de fusils par les Portugais", le mot accompagnant l'arme dans sa
diffusion progressive dans l'Ile. De la côte Ouest, il gagne les
Plateaux, à travers les migrations des Sakalava aux 17e et 18e
siècles.
Par contre, dans la région nord-occidentale de l'Ile, on rencontre
le mot "basy", ou plutôt- "comme la forme en est
attestée par de vieux documents"- le mot "bosy".
Ce terme est à rattacher au hollandais "buks", selon
J. Diez. Ce dernier essaie de l'expliquer en signalant qu'au 17e siècle,
il doit exister en malgache un terme "basy" désignant
des objets en fer ou le fer travaillé sous forme d'objet.
Dans le Nord-est de l'Ile est apparu le mot "bosy" désignant
le fusil. "Mais comme cette arme était essentiellement faite
en fer, qu'elle a pu même être considérée comme
l'objet en fer par excellence en raison de son efficacité particulière,
le mot "basy" pouvait être utilisé pour désigner
cette arme".
J. Dez termine son étude en spécifiant que bien des mots
posent encore des énigmes. "Il y a dans chaque dialecte des
mots qui semblent lui appartenir en propre et dont les origines ne sont
pas apparents". Et de se demander pourquoi le feu (afo) se traduit
"bolo" en vezo, pourquoi les Betsimisaraka, notamment ceux du
Sud, appellent "tokary" le tas de paddy fait dans la rizière
avant son transport dans la maison...
D'un dialecte à l'autre
D'après une étude comparée entre certains dialectes et le merina, J. Dez constate que dans ces langages, de nombreux mots sont identiques, avec le même sens, mais dont, pour certains, l'usage diffère en importance.
Ainsi, par exemple, en merina et en betsimisaraka (du Sud), "hena" et "vinany" désignent respectivement viande et embouchure de rivière.
Par contre, le mot "valaka" (fatigué- qui existe dans les deux vocabulaires- est plu usité dans l'Est qu'en Imerina où on emploie de préférence "sasatra", mot inconnu en betsimisaraka.
Inversement, alor sque dans le Betsimisaraka, on recourt volontiers à "membo", inconnu dans les régions centrales.
Il y a aussi des mots dont la signification diffère. Ainsi du "randra" qui en betsimisaraka du Sud signifie à la fois tresse et cheveu, alors que le merina distingue "randrana" (tresse) du "volo" (cheveu). Les Betsimisaraka connaissent le mot "volo", mais ne l'utilisent qu'avec le sens de poil ou de couleur.
Par contre, en merina, le mot "ady" se traduit par combat et dispute. En betsimisaraka, combat veut dire "ady" et dispute, "ankary", ce dernier étant ignoré du merina.
En sakalava, "mijery" a le sens de penser, réfléchir, considérer intellectuellement, tandis qu'en merina, il signifie regarder, considérer avec les yeux...etc. Et la liste n'est pas exhaustive.
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