Alasora,également nommée
"Aînée du pays et Origine des rois",est un
des plus anciens villages de l'Imerina.
Elle a été fondée par le prince Ramasimparihy
en 1490.Le souverain de Merimanjaka,Rangita (1500-1520),et son frère
Andrianamponga II,lui ont donné le nom d'Alasora.
A sa mort, la fille de Rangita,Rafohy (1520-1540) ,décida de déplacer
la capitale de sa seigneurie de Merimanjaka à Alasora et s'y installa
définitivement.
Né en 1540 à Imerimanjaka
Décédé en 1575 à Alasora à l'âge de 35 ans
Andriamanelo fut, dit-on, le premier roi qui utilisa
le fer en matière d'armement. Il jeta les bases de la politique
d'expansion du royaume merina en prenant pour épouse la fille
de son puissant voisin le roi Rabiby d'Ambohidrabiby, près d'Ambohimanga
au nord-est d'Antananarivo. A l'intention de son fils Ralambo
et de tous les rois merinas qui se succèderont, il édicta les
règles de succession de la dynastie par le biais du mariage. Ainsi,
il recommanda à Ralambo d'épouser Ratsitohinina, petite-fille
de son frère Andriamananitany qu'il fit pourtant périr.
De sanglants avènements en Imerina
En Imerina, presque chaque avènement est précédé
ou suivi par l'élimination des rivaux déclarés
ou potentiels.
Le cas le plus ancien d'élimination, rapporté
par la tradition, est celle d'Andriamananitany, frère d'Andriamanelo
et son successeur désigné. Encore, le meurtre
n'est pas attribué à ce dernier, mais à un
certain Trimoanala. Cependant, l'hypothèse n'est pas à
écarter que l'idée lui en est inspirée par
Andriamanelo.
La rivalité entre les deux frères, sourde, semble
exister depuis longtemps. dans le Firaketana (encyclopédie),
on peut lire : «Le frère cadet d'Andriamanelo avait
creusé le fossé de fortification de son bourg en
quinze jours, alors qu'il avait fallu un mois pour faire celui
de l'aîné. De plus, ses plantations réussissaient
mieux que celles de son frère».
Le cas d'Andrianjafy, seigneur d'Ilafy, détrôné
par Andrianampoinimerina, est un peu particulier. Il est l'aîné
des quatre fils d'Andriambelomasina et oncle maternel d'Imboasalama
(Andrianampoinimerina). Avant de mourir, le Roi le désigne
en 1770 pour lui succéder sur le trône d'Ambohimanga,
le deuxième successeur qu'il recommande étant Imboasalama,
le fils de sa sœur.
Quelques années plus tard, poussé par sa femme,
Andrianjafy se met en tête de donner la succession à
son fils unique, Ilaitokanimerina. Par trois fois, il essaie d'attenter
à la vie de son neveu, mais à la fin, son sinistre
projet se retourne contre lui.
Douze chefs Tsimahafotsy, conduits par Rabefiraisana, s'apercevant
qu'Andrianjafy veut changer la décision d'Andriambelomasina,
le détrônent. Aux chefs d'Ambohimanga devront bientôt
se joindre les Tsimiamboholahy d'Ilafy, menés par Andriantsilavo
et Hagamainty.
Défait et découragé, Andrianjafy cherche
refuge auprès de son beau-fils, Andrianamboatsimarofy,
Roi d'Antananarivo, sans pour autant renoncer à son funeste
projet. Piégé par les chefs des castes hova, il
est entraîné, la nuit, par maints détours
à un vallon solitaire, au sud d'Ambohimanga où il
est mis à mort.
Arrivé au pouvoir, Andrianampoinimerina prend soin, plus
tard, de supprimer à l'avance les rivaux de Laidama (Rabodolahy
et Ramavolahy), héritier du trône. Rabodolahy, qui
est le fils adoptif de la vadibe (femme principale) du Roi essaie
de tuer Laidama après avoir été écarté
de la succession, à la suite d'une défaite militaire.
Ramavolahy, quant à lui, est le fils aîné
d'Andrianampoinimerina et de l'une de ses femmes secondaires.
Il tente de renverser son père, après avoir aussi
essayé de tuer Laidama.
Un troisième rival, Ralainanahary (fils ou neveu utérin
d'Andrianampoinimerina) est mis à mort sur l'ordre de Radama
lui-même, pendant qu'il porte le deuil de son père.
L'avènement de Ranavalona 1ère est marqué
par une série d'assassinats, dans le même but. Il
y a Rakotobe, neveu utérin de Radama I, et plusieurs autres
parents du défunt Roi. Seul le prince Ramanetaka, son cousin
et gouverneur de Mahajanga, en réchappe en s'enfuyant aux
îles Comores.
Les accessions au trône suivantes ne voient plus d'assassinats
politiques, mais des déportations. Ainsi, Ramboasalama,
neveu et fils adoptif de Ranavalona 1ère, qui intrigue
pour lui succéder, est mis en résidence surveillée
sur ses terres d'Ambohimirimo. D'autres conjurés
sont expédiés en divers endroits.
A partir de l'avènement de Rasoherina, les rivalités
à l'égard de la souveraine désignée
ne sont plus un problème. Par contre, apparaissent celles
à l'égard du Premier ministre.
C'est qu'entre-temps, le pouvoir réel passe de la famille
royale à celle des Andafiavaratra. De nombreux historiens
soulignent, du reste, qu'avec Radama II s'est éteinte la
monarchie traditionnelle et sans partage.
source Pela Ravalitera Journal Express
Il fit épouser sa soeur Rafotsindrindra Rasoavimbahoaka par un
autre valeureux A personnage dénommé Andriandranando qui contribua
à l'agrandissement du royaume et à la consolidation de son règne.
Andriantompokoindrindra, Andriandranando, Andrianamboninolona
et les Zana-dRalambo amin'Andrianjaka furent les premières castes
"d'Andriana" (nobles) en plus des Zanak'Andriana (famille directe
du roi) et des Zazamarolahy (famille des frères et soeurs qui
ne règnent pas). Plus tard, il y eut Andriamasinavalona qui fit
de ses descendants la première des castes, et dont l'appellation
désigna aussi une distinction honorifique pour services rendus
au Royaume.
A la mort d'Andriamanelo et après le départ de
son fils Ralambo ayant transférée la capitale de
son royaume à Ambohitrabiby, dont sa mère fut originaire
d'autres princes se proclamèrent rois d'Alasora. Adriambonimera
fut parmi les plus connus. Son fils Andrianohara puis son petit-fils
Andrianavalonjafy lui succéda. Ce dernier fut vaincu par
Andrianampoinimerina qui prit sa fille Ramanantenasoa pour épouse.
Après la mort du grand monarque la seigneurie d'Alasora
revint en héritage à Rabodosahondra soeur de Radama
1°
Ce fut le roi Andriamanelo (1540-1575) fils ou petit-fils de
Rangita, qui acheva la construction du village. Il fit en premier
lieu creuser tout autrour de son palais un fossé de protection
,dit "hadivory",contre l'invasion des ennemis. Il doubla
celui-ci d'un autre fossé de diversion et de vigilance,dit "hadifetsy".
Il a en outre institué un seule accès au palais,le "vavahady",un
portail de pierre plate signalé par les "aviavy"(figuiers),arbres
symbolisant la royauté. Il a ainsi esquissé, sans le savoir,le
plan d'urbanisme et d'aménagement des résidences royales, adopté
plus tard en Imerina.
D'autre part, l'avènement d'Andriamanelo a marqué la fin du règne
des vazimba et le début de la dynastie des"Andriana".
De plus,on doit à ce souverain l'introduction de l'utilisation
du fer dans la fabrication de bêches et de sagaies,appelées alors
"fer volants",ainsi que de la circoncision,l'invention de la pirogue,du
fanorona et du rituel de l' Alaondrana,permettant le mariage de
parents proches.
Le rituel de l’alaondrana, alasembana ou alasampona
a pour but d’effacer la parenté entre un jeune homme
et une jeune fille voués au mariage et d’éviter
toute malformation aux enfants.
Que le patrimoine soit foncier et terrestre ou qu’il résulte
d’accumulation du hasina célestiel, les considérations
patrimoniales ont toujours joué un rôle important
dans les stratégies matrimoniales.
Ainsi, lié au souci de l’héritage, s’explique
la pratique plus ou moins fréquente du mariage lova tsy
mifindra dans les groupes dirigeants et du fanjakana tsy afindra
chez le groupe royal. Une expérience multimillénaire
avait permis de voir les éventuels dangers de la consanguinité
qu’évoquent les mots malgaches de sampona, ondrana
et sembana. Le rituel de l’alaondrana, alasembana ou alasampona
a pour but d’effacer la parenté entre un jeune homme
et une jeune fille voués au mariage et d’éviter
toute malformation aux enfants.
Malgré son importance dans les groupes gouvernants, les
traditions officielles ne le décrivent pas et, à
notre connaissance, aucune étude ne lui a été
consacrée. Aussi la cérémonie qui, en ce
cas, se déroule chez les andriana de Vohimasina, près
d’Ambohimahasoa sur la route qui joint Antananarivo à
Fianarantsoa, présente-t-elle un grand intérêt.
Pour cette fête, les familles du jeune homme et de la jeune
fille sont invitées. Quand tous sont réunis, un
zébu sans défaut est sacrifié, alors que,
dans la maison, un spécialiste raconte les généalogies.
Les deux jeunes sont alors assis au sud du foyer. Une fois finie
l’histoire, ils s’assiéent près du poteau
central en se faisant face, les jambes allongées de telle
sorte que la plante des pieds de l’un touchent celles de
l’autre (mifanipa-dampatra), alors que, selon la coutume,
des frères et sœurs ne doivent pas se donner de coups
de pied.
On efface la parenté en déplaçant, d’abord
la panse du bœuf, puis des chaînes d’argent,
de la tête au corps et aux jambes de jeune homme, puis aux
jambes, corps et tête de la jeune fille. Selon les traditionnistes,
l’ondrana est ainsi transféré au cœur
du bœuf. Pendant ce temps, l’assistance chante : «
Il n’y a pas à avoir honte ! » (Tsy mba menatra
ô !… ». Puis on les bénit six fois. Les
deux jeunes se transportent alors au nord de la pièce.
Ils étaient des enfants de la maison, ils sont devenus
des étrangers qui rendent visite. Les réjouissances
et le repas peuvent alors commencer. Les deux jeunes garderont
les chaînes d’argent une semaine et ne devront pas
traverser de cours d’eau pendant ce temps.
On retiendra aussi de ce riche passé d'Alasora la charge
qu'Andriamanelo confia à la caste des Velondraiamandreny
maîtres de cérémonie, ils leur revenaient
de veiller au strict respect du protocole royal, dans tous les
rites touchant la personne du roi, du Fandroana au Fanafenana
en passant par toutes les cervelières honorées de
la présence du souverain.
La garde du cachet royal et des clefs des appartements royaux
figurait aussi parmi les prérogatives des Velondraiamandreny
dont les charges se transmettaient de pères en fils et
sous réserve expresse que les parents du néophyte
fussent encore de ce monde.
Un siècle après,Andriamasimavalona(1675-1710) aménage les "Fasana
fito miandalana",où les rois et les membres de sa famille sont
inhumés, achevant ainsi l'aménagement de l'espace royal d'Alasora.
Il a également érigé la première pierre levée en Imerina, la première
retenue digue pour l'irrigation de la plaine d'Alasora,estimée
à 650 hectares. Alasora étais alors la capitale du Vakiniadina.
La stèle d'Andriamasinavalona
Alors qu'il est encore jeune prince, Andriamasinavalona qui est
installé dans la seigneurie d'Alasora, y érige une
haute stèle, au lieu baptisé depuis Ambatomitsangana.
Selon la tradition orale, il la fait construire pour inscrire
son nom et ceux de ses descendants qui lui succéderont
dans les annales. " Et nul ne peut détruire cette
stèle". Pour répondre à la question
du peuple, il explique que cette pierre levée est ainsi
grande parce qu'elle doit dépasser celle érigée
par les nobles ou les sujets, pour prouver la souveraineté
des monarques.
En entendant cela son père, le Roi Andriantsitakatrandriana,
dépêche Andriamampandry pour voir ce qu'il en est.
De retour à Antananarivo, il en informe le Roi qui croit
à une "tentative de sédition". Mais son
conseiller lui rétorque: "il s'agit de l'érection
d'une stèle et vous parlez de sédition. C'est pour
cela que vous ne comprenez pas ce qu'est régner, vous n'avez
pas une vision sur le long terme".
Sur ces mots, Andriamampandry fait le tour des collines sacrées,
mais il constate qu'aucun autre seigneur n'a eu la même
idée qu'Andriamasinavalona. II comprend alors que c'est
lui "le souverain qui durera jusqu'à la fin, car c'est
sa descendance, issue d'Ambohimanga, qui règnera toujours
sur l'Imerina".
L'Express de Pela Ravalitera
Plus tard, Andrianampoinimerina devra dire:
Ambohimanga est la colline de la dynastie régnante de l'Imerina
Antananarivo celle de la réunification et de la consolidation
du Royaume
Alasora celle de l'origine de ses ancêtres.
Le roi Andriamasinavalona quitta plus tard la colline pour conquérir
le A trône d'Antananarivo. D'ailleurs,ses sujets se rebelleront
contre lui à Ambohimanga,"village de la soumission",en 1785,quand
il tentera d'unifier ce royaume à ses conquêtes. Enfin,Alasora
devint une colline sacrée sous le règne d'Andranamapoinimerina,quand
il y plaça son épouse Ramanantenasoa.
Andriamanelo, roi d’Alasora
Au 16e siècle, Andriamanelo, transgressant les décisions de Rangita,
créa une nouvelle dynastie et posa les bases de l’ordre andriana
des siècles suivants : Alasora, au sud-est d’Ialamanga, l’actuelle
Antananarivo, allait ainsi devenir le berceau de la deuxième dynastie
et la source de la nouvelle andrianité. Ce d’autant plus facilement
qu’il était en position de réaliser la politique engagée depuis
Fanongoavana qui, pour développer ses exportations de riz à destination
de l’Afrique, recherchait des terres plus chaudes et plus étendues,
propices à une riziculture de masse. Car au sud et à l’ouest du
chaînon d’Ialamanga, sur des terres sur lesquelles ses ancêtres
lui avaient légué des droits, s’offrait le Betsimitatatra, qu’il
était en mesure de reprendre à ses occupants vazimba. Il y suffisait,
en héros civilisateur, de ne craindre ni les innovations ni les
transgressions que souvent elles supposent. Son règne, selon la
tradition, en fut riche. Mais, en les interprétant selon des modèles
qui ne convenaient pas, on n’en a pas toujours saisi la portée.
Marqué par une forte rupture avec la période précédente, l’avènement
d’Andriamanelo mit en difficulté bien des mpitantara peinant à
mémoriser convenablement une période charnière, où les anciens
principes furent discutés et où les changements ne furent pas
acceptés de façon unanime.C’est ainsi que Rangita et Rafohy pour
ne prendre qu’un exemple significatif sont présentées tantôt comme
deux sœurs, tantôt comme la mère et la fille, et que, dans les
deux cas, leur succession chronologique peut être inversée, sans
compter que des traditions attribuent à l’une les décisions qui
sont ailleurs attribuées à l’autre ou, plus souvent, aux deux.
Passant outre ces contradictions et bien d’autres encore telles
celles introduites par le fait de donner Rafohy pour un homme,
Andriampohy , nous avons pris le parti d’en remettre à plus tard
l’explication et adopté ici la tradition qui fait de Rangita la
mère d’Andriamanelo, en nous fondant principalement sur son nom
complet de Rangitatrimovavimanjaka enregistrant l’effectivité
de son règne.
L’héritage de Rangita et Rafohy
Généralement fixés, voire même donnés, après leur mort, les noms
des souverains ont toujours une signification historique. Ceux
de Rafohy et de Rangita indiquent bien la fin de la période des
princes vazimba et le début de leur abaissement. Car, s’il est
vrai que le nom développé de la dernière, avec l’élément trimo
qui utilise l’image de la puissance que comportent beaucoup de
noms de princes vazimba, maintient son appartenance à l’époque
des Ratrimo, son nom abrégé et celui de Rafohy sont à mettre en
relation avec la formation de l’idée que l’on se fit en Imerina
de ce qu’auraient été les Vazimba. Le mot ngita «crépu» qui, par
ailleurs, désignait, il y a peu encore, une forme de beauté des
cheveux crêpelés pour le soin desquels les dames d’Imerina occupaient
une grande partie de leur temps, et le mot fohy «court, de petite
taille» sont en effet deux des caractères par lesquels on spécifie
cette «population» mythique.
Reste que le tandem Rafohy et Rangita a d’abord pour fonction
d’établir la légitimité de leurs successeurs.
Politique, la décision de Rangita qui, voulant rétablir une succession
harmonieuse (fanjakana arindra) au pouvoir, accordait aux enfants
royaux de se succéder les cadets se soumettant en attendant leur
tour (fanjakana ifanoavana), tenta de réserver aux seuls garçons
l’accès à la charge suprême en écartant les filles de la maîtrise
de la terre.
C’est ce que signifie le nom de son deuxième fils, Andriamananitany
«Prince qui possède la terre», recevant une qualité qui était
jusqu’alors réservée aux filles (Ramananiambonitany, Ramanamihoatrambonitany,
Ramanalimananambonitany) que les andriana devaient épouser pour
pouvoir régner.
Dans cette période charnière, Andriamanelo, à qui devait succéder
son frère, ne devait disposer que d’un règne de transition. Il
avait reçu la succession de sa mère, mais son frère devait transmettre
la sienne à ses fils. Et, comme dans l’Ouest, le vendredi devait
remplacer le jeudi comme andron’Andriana «jour du Prince». Ce
fut effectivement un règne de transition, mais celle-ci ne s’effectua
pas dans le sens voulu par Rangita.Comme le montrent les événements,
la décision fut discutée et rejetée. En effet, les deux frères,
l’aîné à Alasora, le cadet à Ambohitrandriananahary installé par
sa mère sur un sommet élevé dominant topographiquement celui d’Alasora,
ayant fait creuser un fossé pour fortifier leur cité, Andriamananitany
termina le travail au bout de quinze jours, alors qu’il fallut
un bon mois à Andriamanelo. Andriamananitany devenait le songe
ou le taro dépassant le bananier et lui faisant ombrage. Ce fut
le prétexte de l’assassinat du successeur désigné, que celui-ci
eût été perpétré avec l’accord de son aîné ou non. Mais, pour
respecter la décision de Rangita, il fut convenu que le fils d’Andriamanelo
épouserait la fille qu’Andrianamboninolona, fils d’Andriamananitany,
aurait de Rafotsindrindramanjaka, la sœur de son père.
Les innovations du héros civilisateur
C’était la fois suivre la décision devenue ancestrale
et par là même contraignante , puisque Andriamananitany régnerait
par ses descendants à travers Andrianamboninolona, mais aussi
conserver la succession matrilinéaire : le droit sur la terre
et surtout celui de transmettre le fanjakana restaient entre les
mains des femmes, comme le soulignaient les noms de Rangitatrimovavimanjaka
et de Rafotsindrindramanjaka.
Héros civilisateur, Andriamanelo apparaît dans la tradition comme
celui qui aurait innové en mettant fin à l’ignorance des
Vazimba présentés comme d’invétérés primitifs. On a prêté
à ce souverain
l’introduction du fer et de ses techniques, celle de la circoncision,
l’invention de la pirogue, des fossés (hadivory) qui entourent
les sites d’habitat, du premier fanorona qui aurait nécessité
un sacrifice humain et, enfin, du rituel
alaondrana permettant le mariage de parents proches, y compris
ceux de générations différentes. C’était certes beaucoup et il
n’était pas toujours facile de concilier la tradition avec ce
qu’on savait de science sûre.
Quoi qu’il en soit, que l’on n’ait pas compris qu’Andriamanelo
n’avait pas inventé le travail du fer, ne devrait pas conduire
à refuser d’écouter la tradition, quand elle nous dit que le fer
est apparu (niseho) sous le règne d’Andriamanelo, alors même que
l’on sait que, depuis Fanongoavana, qui est située dans une région
d’ancienne métallurgie, Andriamanelo et ses ancêtres étaient bien
placés pour connaître le travail du fer. Il ne s’agit pas effectivement
de l’invention de la métallurgie qui est connue depuis le début
du peuplement et se trouve attestée dans la région par des couteaux
et d’autres objets dans le site d’Ambohimanana, près d’Andramasina,
daté archéologiquement des 9e-11e siècles, mais bien de son utilisation
notamment pour les sagaies.
L’usage du fer comme arme est attaché au récit de la «conquête»
d’Alasora par Andriamanelo, le «jeudi noir» de la tradition des
Manisotra, descendants des princes vazimba de l’endroit.
C’est avec des sagaies à lame de fer, des «fers volants», qu’il
aurait attaqué Alasora, et les Vazimba qui y habitaient se seraient
alors enfuis.
Pour le même fait, il n’est pas inutile de rapporter qu’une autre
tradition rapporte qu’il aurait aussi attaqué d’Alasora en y faisant
pénétrer, avec le même effet, un troupeau de chèvres.De fait,
on sait que le fer et les gens qui le travaillaient étaient écartés
de l’exercice du fanjakana. Et la mémoire populaire des Hautes
Terres se rappelle encore que le creusement des fossés autour
des sites d’habitat andriana devait être fait avec des sahiratsy
ou bêches de bois.
De même ne pouvait-on menacer d’un fer (tsy ambanam-by´) ni un
fleuve servant de frontière, ni un andriana, ni un andevo. Enfin,
on se rappelle que les andriana avaient utilisé des sagaies de
bois dur à la tête durcie au feu, les katsomanta et kinangala
interdits plus tard par Andrianampoinimerina mais qui, dans l’esprit
de beaucoup, conservent une grande supériorité sur les armes ultérieures.
Ainsi, enfreignant l’interdiction religieuse qui prohibait ce
métal dans le code la guerre et des conflits, notamment entre
princes, Andriamanelo innova et fit place nette autour de lui.
Que l’on puisse attribuer à un troupeau de chèvres les mêmes effets
ressort du même genre d’explication. En effet, les descendants
d’anciens princes ayant renoncé à l’exercice du pouvoir souverain
ont l’interdit de la chèvre (fady osy) et introduire des chèvres
à Alasora était alors violer un interdit profondément intériorisé
comme signe d’identité. La grande invention d’Andriamanelo n’était
pas de nature technique, mais, plus radicale, religieuse et sociale.
Quant à l’invention de la pirogue et des fossés de défense découlant
de celle du fer, il faut toujours beaucoup de naïveté pour leur
accorder encore quelque crédit, lorsque l’on songe aux techniques
de la construction navale mises en œuvre pour les voyages qui
conduisirent autrefois à Madagascar et aux milliers de sites à
fossés antérieurs au règne d’Andriamanelo.
Néanmoins, là aussi, Andriamanelo innova : il faut penser que
cette embarcation trouva un nouvel usage dans les cérémonies de
serment d’allégeance (velirano) et, plus sûrement encore, qu’on
put l’utiliser sur l’Ikopa sur lequel, comme toujours aujourd’hui
sur la Sisaony, il était interdit d’aller en pirogue (tsy azo
lakanina).
De même peut-on penser que l’usage des bêches de fer se généralisa
pour le creusement des fossés. Et il n’est d’ailleurs pas à exclure
qu’antérieurement, les bêches de bois une seule aurait même suffi
n’aient servi qu’au premier geste, initial et important, qui,
rituellement, consistait à «casser la terre» (mamaky tany) et
que l’essentiel du travail se faisait ensuie déjà avec des outils
de fer.
La tradition d'Ambohimalaza
La tradition d'Ambohimalaza qu'utilise la Contribution s'inscrit
bien dans le cadre de la tradition royale et en assume certaines
manipulations de l'histoire qui justifièrent la légitimité
de la dynastie issue d'Andriamanelo. Le fer daterait du règne
d'Andriamanelo et, de celui de Ralambo, l' institution du Fandroana,
ainsi que la consommation de viande de boeuf. Et dans la même
ligne, Andriantompokoindrindra aurait inventé la trano
manara. De l'existence de ces manipulations, l'archéologie
a apporté les preuves.
Par les progrès de la connaissance de l’ancienne
culture matérielle malgache qu’a fournis le développement
de l’archéologie, on sait aujourd’hui de façon
indiscutable qu’Andriamanelo n’a pas inventé
le fer, ni Ralambo la domestication du bœuf. Tout près
d’Andramasina, le haut site à fossés (hadivory)
d’Ambohimanana qu’a fouillé feu David Rasamuel,
a fourni les restes de la consommation alimentaire de la population
qui y habitait : ce sont notamment des os de bovidés sur
lesquels sont visibles les traces des couteaux dont on usait.
M. Rafolo Andrianaivoarivony a fait et rendu publique l’étude
de cette boucherie fine. Or, daté de façon absolue
au Carbone 14, l’occupation d’Ambohimanana a commencé
au plus tard au IXe-Xe siècle apr. J.-C. ce qui en fait
actuellement, pour les Hautes Terres, le site le plus ancien.
Et, trouvés à quatre mètres de profondeur
dans le premier fossé qui avait été ensuite
comblé en servant de fosse à ordures, les restes
de boucherie étaient associés au charbon qui a servi
à la datation. De ce fait, il n’est pas aventureux
de dire que les habitants d’Ambohimanana consommaient la
viande de zébu et utilisaient des instruments en fer sept
siècles avant Andriamanelo et Ralambo !
Jean-Pierre Domenichini
La métallurgie du fer était connue de toute l'Asie
du Sud Est au moment des premières migrations vers Madagascar.
Et alors que I' Asie du Sud Est avait domestique le buffle, le
zébu fut importe d' Afrique et consommé dans la
Grande Île. En Imerina même, à Ambohimanana
dans le site le plus ancien actuellement connu sa fondation remonte
au IXe Xe siècle après
J-C, on trouve les vestiges de la boucherie: des os de zébu
qui ont été découpés avec des couteaux
en fer.
Andriamanelo n'a pas inventé le fer. Les andriana étaient
d'ailleurs écartés de la métallurgie du fer,
car leur regard était réputé faire fuir et
disparaître le minerai de fer dés lors qu'il l'atteignait.
L'interdit du fer excluait idéalement son utilisation sur
les sites andriana et sans doute interdisait I'usage d'armes de
fer contre les andriana eux-mêmes. Le souvenir de cet interdit
est toujours connu dans les campagnes d'Imerina : convoqués
il y a un quart de siècle pour nettoyer le site d'Antongona,
par exemple, les paysans des alentours demandèrent aux
andriana présents s'il leur était permis d'utiliser
couteaux et faucilles. Rappelons également l'interdiction,
omniprésente, de menacer avec un objet en fer (tsy ambanam-by)
et cette autre interdiction, de nature tout aussi religieuse,
faite aux Tamby, les métallurgistes et forgerons d'Imerina,
d'utiliser des armes blanches. Que l'on n’ait pas utilisé
le fer dans les affrontements n'implique donc pas qu'il ait été
inconnu. C'était le fady par excellence de cette terre,
comme le disait Razaka, gouverneur de Fenoarivo-Atsinanana, à
Delastelle en 1838: "Hianao Mr Delastelle, mahalala ny fadin'ity
tany ity, fa ny vy no fadiny". Ce qui apparut (niseho) sous
Andriamanelo, c'est la rupture de cet interdit en utilisant des
armes de fer sur un site dont il était exclu, Alasora,
et contre des hommes appelés Vazimba
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