le sommet d'Ambohidrangoro domine Tsiroanomandidy
La princesse Rasalimo, épouse sakalava (du Menabe) de Radama Ier, est connue pour l’amour que ce dernier lui porte et l’attachement du peuple à son égard. Après le désastre rencontré par son armée dans le Menabe en 1821, Radama accompagné de Brady y mène une seconde expédition l’année suivante. Le combat y fait également rage, mais le roi arrive à prendre successivement Midongy, Janjina, Bondrony, Malaimbandy, avant de soumettre complètement le roi Ramitraho à Mahabo, le 13 juin 1822. Ramitraho est le sixième roi des Sakalava du Menabe depuis Andriamanetiarivo. Il est d’ascendance hova puisque son père, Miakala (Andriantsoarivo) est le descendant des Tantsaha d’Ambohijanaka dont certains se sont retirés dans le Menabe à la suite de guerres claniques.
Deux versions sont données dans le Tantara ny Andriana eto Madagascar du RP Callet concernant l’union de Radama et de la fille de Ramitraho. La première raconte que le roi merina la voit pour la première fois à Bondrony, abandonnée par son père qui fuit devant l’armée hova. Aussitôt- coup de foudre?- le roi lui déclare son souhait de l’emmener en Imerina pour devenir son épouse. Radama envoie alors une délégation d’officiers à Antananarivo pour en prévenir sa première épouse, la princesse Ramavo future Ranavalona Ire, et les autres femmes à sa charge, et pour leur offrir le taha (compensation en argent ou en nature que donne le polygame à la première ou à ses épouses quand il en prend une nouvelle). En attendant, il file le parfait amour avec Rasalimo pendant un an à Bondrony, devenu par la suite Tsiroanomandidy pour prouver qu’il n’y règne pas deux maîtres.
Dans la deuxième version, Radama arrivé à Mahabo adresse à Ramitraho en fuite avec sa famille, cette injonction: « Vous êtes en fuite, ce n’est pas un problème. Mais ramenez-moi ma femme Rasalimo. » Version qui ne précise pas pourtant où et quand le roi merina a vu la belle princesse, ou s’il l’a connue par ouï-dire, ou si comme certains historiens l’affirment, tout a été arrangé par un parti sakalava. En tout cas, Ramitraho lui répond: « Je refuse de me soumettre. Mais si vous voulez Rasalimo comme épouse, je vous accorde volontiers sa main! »
De leur côté, les Sakalava de Mahabo acceptent Radama en tant que souverain et comme époux de leur princesse. Avant de quitter la région, il leur demande de bien s’occuper d’elle et y laisse 1 000 soldats pour les protéger. Jusqu’à ce qu’il revienne car il doit encore poursuivre ses expéditions dans l’Ouest et ne souhaite pas l’abandonner à Antananarivo.
À la fin de la pacification du Boeny, il rentre définitivement dans sa capitale en 1824. Comme il ne compte plus diriger d’expéditions guerrières, il appelle la princesse Rasalimo auprès de lui. Trois cents hommes commandés par un officier 9 honneurs, secondé de quinze 3 honneurs, constituent la délégation. En apprenant le but de leur visite, la princesse Rasalimo s’inquiète: « Et si le roi me trahit, qu’y ferais-je? » Mais la délégation la rassure: « N’ayez aucun souci et accompagnez-nous sans crainte puisque c’est son plus cher désir. »
Après maintes hésitations, Rasalimo se décide finalement à monter à Antananarivo dans un Filanjana de grand apparat apprêté à son intention. Une grande suite de Sakalava l’escorte. Radama attend pourtant le jour faste pour la voir et la présenter sur la place d’Andohalo au peuple. Un échange de kabary marque la cérémonie entre les Sakalava qui « remettent en mains propres au roi son épouse intacte » et Radama qui les en remercie.
Les Sakalava devaient rester encore quelques semaines à Ambohimiangara où le souverain les installe, « le temps que Rasalimo s’accoutume à Antananarivo ». Quand il voit qu’elle s’adapte bien à la vie du Rova il la loge au Rarihasina aménagé et bien défendu avant la finition de la Maison aux clochettes d’argent (Tranovola) qui lui dédie, il rassemble à nouveau le peuple pour remercier et saluer la suite sakalava de Rasalimo en instance de départ. En compensation, il lui offre à son service 100 hommes du Marovatana.
Mais alors que Radama croit que son épouse se plaît bien dans la capitale, la voilà qui s’enfuit avec quatre compatriotes. Mais ils sont vite rattrapés dans le Vonizongo et à une question de son époux, elle évoque le mal du pays. Si Radama lui pardonne, en revanche il condamne à mort les quatre complices « parce qu’ils ont voulu voler ma femme ». Celle-ci lui donnera un fils, Rabobalahy, et une fille, Raketaka.
Pela Ravalitera L’Express de Madagascar |