Les innovations du héros civilisateur
C’était la fois suivre la décision devenue ancestrale
et par là même contraignante , puisque Andriamananitany régnerait par
ses descendants à travers Andrianamboninolona, mais aussi conserver la
succession matrilinéaire : le droit sur la terre et surtout celui de transmettre
le fanjakana restaient entre les mains des femmes, comme le soulignaient
les noms de Rangitatrimovavimanjaka et de Rafotsindrindramanjaka.
Héros civilisateur, Andriamanelo apparaît dans la tradition comme celui
qui aurait innové en mettant fin à l'ignorance des Vazimba
présentés comme d'invétérés primitifs. On a prêté à ce souverain
l'introduction du fer et de ses techniques, celle de la circoncision,
l'invention de la pirogue, des fossés (hadivory) qui entourent les sites
d'habitat, du premier fanorona qui aurait nécessité un sacrifice humain
et, enfin, du rituel (alaondrana) permettant le mariage de parents proches,
y compris ceux de générations différentes. C'était certes beaucoup et
il n'était pas toujours facile de concilier la tradition avec ce qu'on
savait de science sûre.
Quoi qu'il en soit, que l'on n'ait pas compris qu'Andriamanelo
n'avait pas inventé le travail du fer, ne devrait pas conduire
à refuser d'écouter la tradition, quand elle nous dit que le fer
est apparu (niseho) sous le règne d'Andriamanelo, alors même que
l'on sait que, depuis Fanongoavana, qui est située dans une région
d'ancienne métallurgie, Andriamanelo et ses ancêtres étaient bien
placés pour connaître le travail du fer. Il ne s'agit pas effectivement
de l'invention de la métallurgie qui est connue depuis le début
du peuplement et se trouve attestée dans la région par des couteaux
et d'autres objets dans le site d'Ambohimanana, près d'Andramasina,
daté archéologiquement des 9e -11e siècles, mais bien de son utilisation
notamment pour les sagaies.
L'usage du fer comme arme est attaché au récit de la “conquête“ d'Alasora
par Andriamanelo, le “jeudi noir“ de la tradition des Manisotra, descendants
des princes vazimba de l'endroit.
C'est avec des sagaies à lame de fer, des “fers volants“, qu'il aurait
attaqué Alasora, et les Vazimba qui y habitaient se seraient alors enfuis.
Pour le même fait, il n'est pas inutile de rapporter qu'une autre tradition
rapporte qu'il aurait aussi attaqué d'Alasora en y faisant pénétrer, avec
le même effet, un troupeau de chèvres.De fait, on sait que le fer et les
gens qui le travaillaient étaient écartés de l'exercice du fanjakana.
Et la mémoire populaire des Hautes Terres se rappelle encore que le creusement
des fossés autour des sites d'habitat andriana devait être fait avec des
sahiratsy ou bêches de bois.
De même ne pouvait-on menacer d'un fer (tsy ambanam-by) ni un fleuve
servant de frontière, ni un andriana, ni un andevo. Enfin, on se rappelle
que les andriana avaient utilisé des sagaies de bois dur à la tête durcie
au feu, les katsomanta et kinangala interdits plus tard par Andrianampoinimerina
mais qui, dans l'esprit de beaucoup, conservent une grande supériorité
sur les armes ultérieures.
Ainsi, enfreignant l'interdicAtion religieuse qui prohibait ce métal dans
le code la guerre et des conflits, notamment entre princes, Andriamanelo
innova et fit place nette autour de lui.
Que l'on puisse attribuer à un troupeau de chèvres les mêmes effets ressort
du même genre d'explication. En effet, les descendants d'anciens princes
ayant renoncé à l'exercice du pouvoir souverain ont l'interdit de la chèvre
(fady osy) et introduire des chèvres à Alasora était alors violer un interdit
profondément intériorisé comme signe d'identité. La grande invention d'Andriamanelo
n'était pas de nature technique, mais, plus radicale, religieuse et sociale.
Quant à l'invention de la pirogue et des fossés de défense découlant de
celle du fer, il faut toujours beaucoup de naïveté pour leur accorder
encore quelque crédit, lorsque l'on songe aux techniques de la construction
navale mises en œuvre pour les voyages qui conduisirent autrefois à Madagascar
et aux milliers de sites à fossés antérieurs au règne d'Andriamanelo.
Néanmoins, là aussi, Andriamanelo innova : il faut penser que cette embarcation
trouva un nouvel usage dans les cérémonies de serment d'allégeance (velirano)
et, plus sûrement encore, qu'on put l'utiliser sur l'Ikopa sur lequel,
comme toujours aujourd'hui sur la Sisaony, il était interdit d'aller en
pirogue (tsy azo lakanina).
De même peut-on penser que l'usage des bêches de fer se généralisa pour
le creusement des fossés. Et il n'est d'ailleurs pas à exclure qu'antérieurement,
les bêches de bois une seule aurait même suffi n'aient servi qu'au premier
geste, initial et important, qui, rituellement, consistait à “casser la
terre“ (mamaky tany) et que l'essentiel du travail se faisait ensuie déjà
avec des outils de fer.
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un mythe une légende"
Ce n’est qu’au début du XVIe siècle que la monarchie merina apparaît avec l’avènement d’Andriamanelo. Selon le chercheur Georges Lejamble dans « Les fondements du pouvoir royal en Imerina » (Bulletin de Madagascar, avril 1972), le système évoluera parallèlement au programme d’extension du royaume et de son organisation.
On peut distinguer trois périodes caractérisant l’état des institutions royales : d’Andriamanelo à Andrianampoinimerina, Andrianampoinimerina et Radama Ier, à partir de Ranavalona Ire. Nous revenons ainsi sur d’autres études réalisées par des chercheurs et autres scientifiques étrangers concernant l’avènement de la monarchie merina, sous la dynastie Rangita.
Comparé aux chefs d’autres clans de la région, Andriamanelo dispose de moyens matériels considérables pour étendre son hégémonie, notamment l’art du fer. Cela lui permettra de perfectionner les méthodes culturales par l’usage de la bêche, de creuser des fossés de fortification et de disposer d’une arme efficace telle le javelot à pointe de fer.
La concurrence deviendra donc très inégale avec les clans pratiquant une agriculture rudimentaire. Leurs armes le sont aussi : épieu à pointe de terre cuite, pas de fossé…
Sur ce fondement technologique, Andriamanelo et ses successeurs peuvent réaliser un programme d’extension qui se développe, en particulier avec Ralambo et Andriamasinavalona.
En même temps, diverses innovations culturelles sont introduites : calendrier arabe, sikidy (art de la divination), certains éléments du Fandroana, circoncision.
Jointes aux innovations technologiques, elles devaient entraîner et nécessiter un développement parallèle du pouvoir royal. La dynastie d’Andriamanelo doit sa fortune à son dynamisme novateur. Dans « Le fondement du pouvoir politique », J-W Lapierre montre bien la coexistence de l’innovation et du développement du pouvoir politique.
Dès cette époque, les organes de développement du pouvoir sont d’abord l’assemblée populaire (Kabary ou fokonolona), survivance de l’époque pré monarchique, et qui sera appelée à toutes époques à entériner parfois à refuser les décisions royales. C’est ainsi que les grands travaux d’hydraulique agricole pour endiguer les rivières sont entrepris et que tous les hommes sont levés en masse pour les expéditions guerrières.
Ensuite, comme l’indique R. Kent, il y a les conseillers du roi, chefs principaux de la population roturière, qui assurent un contrôle permanent de l’exercice du pouvoir. Ils influent aussi sur le choix du successeur.
Enfin, les classes nobiliaires sont organisées pour la première fois par Ralambo. Elles comprennent les lignages de ses descendants, de son cousin Andrianamboninolona, de son cousin éloigné Andriandranando, et de son fils aîné, Andriantompokoindrindra.
Avec Andrianampoinimerina, on constate la renaissance du pouvoir royal et de la royauté merina, en déclin pendant trois quarts de siècle. L’anarchie engendrée par les guerres intestines consécutives à l’éviction d’Andriamasinavalona par ses fils, entraîne une réaction des notables roturiers. Notamment les Tsimahafotsy d’Ambohimanga, inquiets de voir décliner, de ce fait, le commerce fructueux des bœufs et des esclaves à l’extérieur. Ils portent au trône Imboasalama, prince populaire énergique et habile.
Paradoxalement, ils vont à la fois accroître le pouvoir royal, nécessaire à un programme de reconquête de l’Imerina puis d’extension de ses limites, et développer leur influence en tant que conseillers de la couronne et grands commis du roi.
Les classes nobiliaires sont également réorganisées et leur séparation des roturiers accentuée par le rappel des distinctions et privilèges. Elles sont appelées à conduire les expéditions militaires. L’armée renforcée trouve son organisation définitive sous Radama Ier qui crée les grades appelés honneurs. Ceux-ci concernent aussi les dignitaires civils qui forment avec les officiers une seule hiérarchie. Simultanément, Radama organise la population en centaines et en milliers sur un modèle militaire.
Pela Ravalitera Journal Express
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